Chamans à l'Hôpital (Etats-Unis)

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Chamans à l'Hôpital (Etats-Unis)

Message  Colline le Ven 13 Nov - 20:25

Voici un article de Courrier International sur la pratique du chamanisme dans certains hôpitaux américains:


Chang Teng Thao, un veuf laotien, occupe la chambre 328. Il souffre de diabète et d'hypertension. Mais, quand Va Meng Lee, un chaman hmong, débute la cérémonie en enroulant une ficelle autour de son poignet, il cherche surtout à faire revenir son âme en fuite. "Les médecins sont forts pour soigner les maladies", reconnaît M. Lee en traçant un écran protecteur invisible autour du patient. "Mais l'esprit relève de la responsabilité des chamans."

Au Mercy Medical Center de Merced, à 200 kilomètres au sud de San Francisco, quatre nouveaux patients par jour sont des Hmongs du nord du Laos. Pour eux, la guérison ne passe pas seulement par les poches à perfusion, les seringues et les glucomètres : ce sont aussi les croyances spirituelles qui permettent de surmonter la maladie. La nouvelle politique de l'hôpital - une première aux Etats-Unis - reconnaît officiellement le rôle culturel des guérisseurs traditionnels et les autorise à pratiquer à l'hôpital neuf types de cérémonie, notamment l'"appel de l'âme" et les psalmodies à voix basse. Afin de mieux prendre en compte les croyances des patients au moment de décider d'un traitement médical adéquat, l'établissement propose aux chamans un programme de formation de sept semaines destiné à les initier aux connaissances de base de la médecine occidentale - par exemple l'existence des microbes. Quatre-vingt-neuf chamans ont suivi cette formation. Ils ont visité des salles d'opération et ont regardé dans un microscope pour la première fois. Alors qu'il examinait les cellules d'un cœur humain, l'un des chamans a demandé au pathologiste de lui montrer un "cœur heureux".

Depuis que les réfugiés ont commencé à affluer, il y a trente ans, des professionnels de la santé comme Marilyn Mochel, une infirmière qui a contribué à l'élaboration de la politique de l'hôpital à l'égard des chamans, cherchent à répondre aux besoins des Hmongs en matière de soins sans heurter leurs croyances. En effet, pour les Hmongs, la chirurgie, l'anesthésie, les transfusions sanguines et d'autres procédures courantes enfreignent des tabous. Résultat ? Une augmentation de la fréquence des appendicites, des complications liées au diabète et des cancers en phase terminale. A la peur des interventions médicales et aux délais de traitement vient s'ajouter "notre incapacité à expliquer aux patients comment les médecins prennent des décisions et formulent des recommandations", explique Mme Mochel.

Avec leurs manteaux brodés et leurs badges officiels, les chamans autorisés peuvent, au même titre que les membres du clergé, visiter les patients comme bon leur semble. En échange de leurs services, ils n'ont le droit d'accepter aucune forme de rétribution, mais on raconte qu'ils font parfois une exception pour les poulets vivants. Les Hmongs croient que l'âme est comme un enfant perdu : elle peut s'égarer ou être capturée par des esprits malveillants, ce qui provoque la maladie. La cérémonie organisée par M. Lee pour le patient diabétique se voulait une sorte de vaccination spirituelle, afin de protéger son âme et d'empêcher qu'elle soit kidnappée par celle de sa défunte épouse, ce qui permettrait d'allonger son espérance de vie. Ces cérémonies, qui ne peuvent avoir lieu qu'avec l'accord des patients qui partagent la chambre, peuvent durer de dix à quinze minutes. Ce ne sont que de pâles versions de rituels plus élaborés qui se pratiquent couramment chez les particuliers. Salons et garages se transforment pour l'occasion en lieux sacrés où se réunissent une centaine de parents et d'amis. Les chamans y restent en transe pendant des heures, négociant avec les esprits en échange de sacrifices d'animaux. Certains éléments des cérémonies hmongs, comme les gongs, les grelots et autres bruyants "accélérateurs spirituels" exigent une autorisation préalable de l'hôpital. Selon Janice Wilkerson, directrice de l'"intégration" de l'hôpital, il y aurait peu de chances que l'établissement autorise la tenue des cérémonies impliquant des animaux, comme celle où les esprits malveillants sont transférés dans un coq vivant perché sur la poitrine du patient.

Le Dr Lesley Xiong, interne à l'hôpital de la Merced, est la petite-fille de deux chamans respectés. Bien qu'elle ait décidé de devenir médecin, elle estime que les deux approches sont compatibles. "Si j'étais malade, j'aimerais être assistée par un chaman, dit-elle. Mais j'irais quand même à l'hôpital."

Lien vers l'article: Courrier International
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